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mercredi 9 mai 2007

Les Erynnies

Les Erynnies




Pepita regardait la mer. Une fine pellicule de brume montait, quelques cargos en cale sèche attendaient comme de vieux dinosaures derrière la digue. Elle sentit une charge dans le visage de Martha, celui d’Inès aussi se voilait, comme si le vent du large avait laissé des particules sales, pigments de rien, humeurs ou embruns, quelque chose d’ancien.
-— On devrait peut-être rentrer, non ?
Depuis un moment déjà, les trois filles se taisaient allongées dans de petites chaises en rotin à coussin bleu liseré
— j’ai froid, pas vous ?
De ces mots timides que l’on avance pour repousser encore un peu la nuit.
Elles eurent toute les trois un sourire noir. Pepita et Inès suçotaient du bout de leur paille les derniers glaçons, recomposant le flot de leurs cheveux noirs mouillés dans une savante architecture bordélique. Martha, qui avait depuis toujours opté pour les cheveux courts régla les consommation au bar.

Demain, pourquoi pas, hier aussi, les dates n’avaient désormais plus tant d’importance.
On disait qu’elles n’avaient pas de revenus fixes, d’autres parlaient de prostitution. Les rumeurs, évidemment couraient, pas mal d’apéros s’accordaient finalement sur le fait qu’elles devaient être portées sur la chose entre elles, des goudoues quoi ponctuait Miloud, ex-orpailleur RMIste connu pour son sens de la formule. Un polo Lacoste jaune laissait entrevoir le bout de ses tétons les jours de match, présentait bien, front et sourcils noirs épais mais souvent entamé bien avant l’heure au Petit Nice. Non franchement, je te dis, sa voix lui ressemble pas, on dirait, tu sais, non tu vois peut-être un trave. Et s’expliquant finalement peu les raisons pour lesquelles il divaguait à ce sujet, Miloud, terminait à mouliner de la main dans les airs comme pour montrer que cela n’avait pas plus d’importance que Chirac, la traçabilité, ou le crapaud-buffle qui détruisait depuis le mois de juin l’écosystème girondin.

Sur le chemin du retour en passant par la Corniche — Martha, Inès et Pepita rentraient toujours à pied de Malmousque — à l’entrée du Vieux-Port, il existe un lieu, comme tant d’autres dans la cité phocéenne , où plusieurs étages de passerelles, tunnels et de routes se rencontrent, au milieu de la rocade qui mène au tunnel du Prado, se découpe un espace circulaire et sans nom recouvert de goudron sur lequel on a peint par souci décoratif des carrés blancs en damier. Hormis quelques déchets, cannettes vides, gravier, paquet de malboros décolorés par le soleil, le plan vide donne l’impression d’une friche polie goudronnée et pourtant hostile à toute sédentarisation. Comme elles passaient par-là, Martha, Inès et Pepita, s’arrêtèrent un instant dans un silence épais.

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